Omnia quest

Sharing the journey, reflections, insights, a bit of magic and a drop of science.


Lineage of Guardians

In loving memory of a wisdom keeper.

Times change. Impermanence sometimes surprises us; other times, through sheer familiarity, it irritates us. Yet it is precisely this constant change that leaves us with varied memories. Through movement we forge connections and weave bonds between human beings who, for a time, are present and then, suddenly, are not. Nevertheless, the trace of their passing is inescapable, decisive, indelible. It is that trace that brings me today to explore the memory of a bond of tenderness and a love born from admiration.

Before me unfold a miscellany of sensations and memories. Scents and words pass in procession; letters swirl, and one image remains fixed: that of a small, compact woman, with an impeccable voice, perfect diction, and an irreproachable command of language, standing beside the frame of my doorway. Her car, already old even for the time of my memory, rested like a stranded boat along the edge of my street, its interior upholstered in red velvet. It was a singular object, striking and unforgettable to a girl of eight or nine years old.

We shared the same name. She filled me with both fear and pride. Everyone in her profession knew her. “A legend,” some would say. “Not very friendly,” others would add. I felt happy when she came to visit. I felt important. Worthy. Even intelligent.

She would leave me a small loaf of bread, perhaps pumpkin, and a few books; I knew she would return with more once I finished the first ones. This is how The Silver Skates, Huckleberry Finn, Lazarillo de Tormes, and many others found their way into my hands, books we later discussed in our telephone conversations. They were one-to-one conversations, perhaps uneven, perhaps incomprehensible to anyone observing from the outside. We spoke of languages, of letters to the Vatican. Later, new books arrived, although we could no longer talk about Harry Potter or Rothfuss: literature meant only for adolescents.

And then the distance began to open. Life stopped leaving time, and I changed completely—my habits, my world, my very self. But she remained the same. She would ask about me when she could, and I always felt she was there whenever I might decide to call.

Years passed. Her mind never aged. Around the age of ninety-one she suffered a health setback; I went to visit her, we spent time together, and I left her a letter with all these memories and feelings, “in case it was the last time,” to tell her how deeply I admired her. I do not know whether she ignored the letter or liked it. My parents told me, “Why a letter if she is already so old? She will not be able to read it.” Yet I like to imagine that she did, and even more to imagine that she may have reread my words—the ones in which I recognized her life as that of a woman who carved her path in a world of men and arrived exactly where she wished to arrive, where her knowledge carried her.

I hope she read the line in which I told her how much I admired that she had been able to leave home, choose to live alone, and have no children. And also the part where I wrote that pleasing others had never been important to her. Because all of these were lessons for me.

And there was more. There were remedies for fright and alum stone. Laurel tea and bougainvillea infusions. A kitchen scented with nutmeg and quince preserve. There was a lineage of knowledge that did not begin with her and that, though it does not reach me in a direct line, somehow still touches me. Now I recognize it.

That time of the letter was not the last, fortunately. But ten years later, with her mind still sparkling, it finally was.

And this, my dear friends, is what I define as a lineage of guardians of wisdom: a place where women are what they choose to be, regardless of the era, the barriers, the men, or the whispers of society. What matters is cultivating oneself, learning as much as possible about a thousand things in a thousand places; being truly skilled in something, yet also carrying scientific and empirical knowledge, both ordinary and hidden; becoming an alchemist of one’s own being. To be a professional and a witch, healer and teacher, aunt and patron.

Upon these roots I build myself, always grateful to those who have given support; ready to offer support when the time comes—the time that is approaching. Because times change, except for the light of those who taught us how to name ourselves.

Lumen sapientiae inter mulieres traditur.

Lignée de Gardiennes

Les temps changent. L’impermanence surprend parfois ; d’autres fois, par sa banalité même, elle finit par agacer. Pourtant, c’est précisément ce mouvement constant qui nous laisse une multitude de souvenirs. Par ce mouvement, nous tissons des liens entre des êtres humains qui, pendant un temps, sont présents dans nos vies, puis soudain ne le sont plus. Pourtant, la trace de leur passage demeure inévitable, nette, indélébile. C’est cette trace qui m’amène aujourd’hui à revisiter le souvenir d’un lien de tendresse et d’un amour né de l’admiration.

Devant moi se déploie une mosaïque de sensations et de mémoires éparses. Les odeurs et les mots défilent ; les lettres tourbillonnent doucement, et une image demeure immobile : celle d’une femme petite et compacte, à la voix impeccable, à la diction parfaite et au vocabulaire irréprochable, debout près de l’encadrement de ma porte. Sa voiture, déjà ancienne même pour l’époque de mon souvenir, reposait au bord de ma rue comme une barque échouée, avec un intérieur de velours rouge profond. Pour une enfant de huit ou neuf ans, c’était un objet singulier, frappant, inoubliable.

Nous portions le même prénom. Elle m’inspirait à la fois de la crainte et de la fierté. Tout le monde dans son milieu la connaissait. « Une légende », disaient certains. « Pas très aimable », ajoutaient d’autres. Mais moi, j’étais toujours heureuse de la voir arriver. En sa présence, je me sentais importante. À ma place. Même intelligente.

Elle me laissait un petit pain, peut-être à la citrouille, et quelques livres ; je savais qu’elle reviendrait avec d’autres lorsque j’aurais terminé les premiers. C’est ainsi que Les patins d’argent, Huckleberry Finn, Lazarillo de Tormes et bien d’autres sont arrivés entre mes mains. Nous en parlions ensuite lors de nos conversations téléphoniques. C’étaient des conversations à deux, peut-être déséquilibrées, peut-être incompréhensibles pour quiconque les aurait observées de l’extérieur. Nous parlions de langues, de lettres envoyées au Vatican. Plus tard vinrent de nouveaux livres, même si nous ne pouvions plus discuter de Harry Potter ou de Rothfuss : une littérature désormais réservée aux adolescents.

Puis la distance commença à s’installer. La vie ne laissait plus de temps, et moi je changeai complètement : mes habitudes, mon monde, mon être même. Mais elle, demeurait la même. Elle demandait de mes nouvelles quand elle le pouvait, et je savais qu’elle était là si un jour je décidais de l’appeler.

Les années passèrent. Son esprit ne vieillissait pas. Vers quatre-vingt-onze ans, elle connut un problème de santé. Je suis allée lui rendre visite ; nous avons partagé un moment ensemble, et je lui ai laissé une lettre remplie de ces souvenirs et de ces sentiments, « au cas où ce serait la dernière fois », pour lui dire combien je l’admirais. Je ne sais pas si elle l’a ignorée ou si elle l’a aimée. Mes parents m’ont dit : « Pourquoi écrire une lettre, si elle est déjà si vieille ? Elle ne pourra sans doute même pas la lire. » Pourtant, j’aime imaginer qu’elle l’a fait, et plus encore qu’elle a peut-être relu mes mots, ceux où je reconnaissais sa vie comme celle d’une femme qui s’était frayé un chemin dans un monde d’hommes et qui était arrivée exactement là où elle le voulait, portée par son savoir.

J’espère qu’elle a lu la phrase où je lui disais combien j’admirais qu’elle ait quitté sa maison, choisi de vivre seule et de ne pas avoir d’enfants. Et aussi celle où j’écrivais que plaire aux autres n’avait jamais été important pour elle. Car tout cela fut pour moi des leçons.

Et il y avait encore davantage. Des remèdes contre la peur et la pierre d’alun. Du thé de laurier et des infusions de bougainvillier. Une cuisine parfumée de muscade et de pâte de coing. Il existait une lignée de savoir qui n’avait pas commencé avec elle et qui, même si elle ne me parvient pas en ligne directe, me touche d’une certaine manière. Aujourd’hui, je le reconnais.

Cette visite accompagnée de la lettre ne fut pas la dernière, heureusement. Mais dix ans plus tard, avec un esprit toujours étincelant, elle le fut.

Et ceci, mes chers amis, est ce que j’appelle une lignée de gardiennes de la sagesse : un lieu où les femmes deviennent ce qu’elles choisissent d’être, peu importe l’époque, les barrières, les hommes ou les murmures du monde. L’important est de se cultiver soi-même, d’apprendre mille choses en mille lieux ; d’exceller dans quelque chose, tout en portant des savoirs scientifiques et empiriques, visibles et cachés ; devenir l’alchimiste de sa propre existence. Être à la fois professionnelle et sorcière, guérisseuse et maîtresse, tante et mécène.

Sur ces racines je me construis, toujours reconnaissante envers celles qui ont soutenu, prête à soutenir lorsque viendra le moment, ce moment qui déjà s’approche. Car les temps changent, sauf la lumière de celles qui nous ont appris à nous nommer.

Lumen sapientiae inter mulieres traditur.

Linaje de Guardianas

(en memoria de una portadora de conocimiento)

Los tiempos cambian. La impermanencia a veces sorprende; otras, de tan habitual, fastidia. Pero es justamente ese cambio constante el que nos deja recuerdos diversos. Gracias al movimiento hacemos nexos y tendemos lazos entre seres humanos que, durante una época, están presentes y, de pronto, ya no. Sin embargo, la huella de su paso es ineludible, tajante, imborrable. Es esa huella la que hoy me trae a explorar el recuerdo de un lazo de ternura y de un amor nacido de la admiración.

Se desvelan ante mí sensaciones y memorias misceláneas. Desfilan olores y palabras; las letras dan vueltas, y una imagen permanece fija: la de aquella mujer pequeña y compacta, de voz impecable, dicción perfecta y léxico intachable, de pie junto al quicio de mi puerta. Su automóvil, ya viejo incluso para la época de mi recuerdo, quedaba varado como una lancha a la orilla de mi calle, con interiores de terciopelo rojo. Era un objeto singular, llamativo, inolvidable para una niña de ocho o nueve años.

Llevábamos el mismo nombre. Me daba miedo y orgullo al mismo tiempo. Todos la conocían en su gremio. “Una leyenda”, decían unos. “Poco amistosa”, decían otros. Yo me sentía feliz de recibir su visita. Me sentía importante. Suficiente. Incluso inteligente.

Me dejaba un panecillo, posiblemente de calabaza, y algunos libros; yo sabía que volvería con más cuando terminara los primeros. Así llegaron a mis manos Los patines de plata, Huckleberry Finn, El lazarillo de Tormes y muchos otros que luego comentábamos en nuestras llamadas telefónicas. Eran conversaciones de una a una, quizá desbalanceadas, quizá incomprensibles para quien las mirara desde fuera. Hablábamos de idiomas, de cartas al Vaticano. Más tarde llegaron libros nuevos, aunque ya no podíamos hablar de Harry Potter o de Rothfuss: literatura solo para adolescentes.

Y entonces comenzó a abrirse la brecha. La vida dejó de dar tiempo, y yo cambié por completo de hábitos, de mundo, de ser. Pero ella seguía siendo la misma. Preguntaba por mí cuando podía, y yo sentía que estaba ahí para cuando decidiera llamarle.

Pasaron los años. Su cerebro nunca envejeció. Cerca de los noventa y un años tuvo un desperfecto de salud; fui a visitarla, convivimos, y le dejé una carta con todos estos recuerdos y sentires, “por si era la última vez”, para decirle cuánto la admiraba. No sé si ignoró la carta o si le gustó. Mis papás me dijeron: “¿Para qué una carta, si ya es tan viejita? Ya no la podrá leer”. Pero a mí me agrada imaginar que sí lo hizo, y más aún pensar que quizá releyó mis palabras, aquellas en las que reconocía su vida como la de una mujer que se abrió camino en un mundo de hombres y llegó adonde quiso llegar, adonde sus conocimientos la llevaron.

Espero que haya leído la línea en la que le decía cuánto admiraba que hubiera podido irse de su casa, elegir vivir sola y no tener hijos. Y también aquella donde le decía que agradar a los demás nunca fue importante para ella. Porque todas esas fueron lecciones para mí.

Y había más. Había curaditas de susto y piedra de alumbre. Té de laurel e infusión de bugambilia. Una cocina con nuez moscada y cajeta de membrillo. Había un linaje de conocimiento que no empezó con ella y que, aunque no me alcanza en línea directa, de algún modo me toca. Ahora lo reconozco.

Aquella vez de la carta no fue la última, afortunadamente. Pero diez años más tarde, con el cerebro todavía chispeante, sí lo fue.

Y esto, mis queridos amigos, es lo que yo defino como un linaje de guardianas de la sabiduría: un lugar donde las mujeres son lo que quieren ser, sin importar la época, las barreras, los hombres ni el qué dirán. Importa cultivarse a una misma, conocer cuanto se pueda de mil cosas y en mil lugares; ser experta y muy buena en algo, pero también albergar saberes científicos y empíricos, básicos y ocultos; ser alquimista de la propia persona. Ser profesionista y bruja, sanadora y maestra, tía y mecenas.

Sobre esas raíces me construyo a mí misma, siempre agradecida con quienes han dado sostén; lista para sostener cuando llegue el tiempo, ese tiempo que se acerca, porque los tiempos cambian, excepto la luz de quienes nos enseñaron a nombrarnos. 

Lumen sapientiae inter mulieres traditur.




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About Me

Woman. Healer. Mother. Wife. Scientist. Fusion of archetypes and common citizen. Just sharing daily thoughts, trying wisdom to prevail.

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